8ème édition

Commissariat de la 8ème édition :
Marie Gayet
Marie Gayet est commissaire d’exposition indépendante, critique d’art et enseignante, membre de l’AICA France (Association internationale des critiques d’art) et membre de C-E-A (Association française des commissaires d’exposition).
Elle s’intéresse à la création, contemporaine sans distinction de médiums et aux pratiques transdisciplinaires, dans la relation Image-texte et voix. Collaboratrice à diverses revues (Esse, Artais, Possible), elle a des contributions pour des catalogues et des textes d’artistes (Fondation Bullukian, L’art dans les chapelles, L’H du Siège…).
En parallèle, elle intervient pour l’Observatoire de l’Art Contemporain et dans des écoles du marché de l’art. Pour C-E-A, elle co-organise de 2018 à 2021 les événements Public Pool autour des nouvelles écritures et de la performance, à Paris et en région (ccc od de Tours, Frac Champagne-Ardenne). En 2014 et 2015, pour le Parcours YIA/Marais Culture + auquel elle est commissaire associée, elle présente des projets dans des lieux patrimoniaux (Musée Picasso, Musée Cognacq-Jay, BHVP, MEP).
Elle est co-autrice et coordinatrice éditoriale de la monographie consacrée au peintre Bruno Rousselot « Du dessin à l’espace » (éd.Hermann, 2022). Dans le suivi de l’exposition Voci Umane (Voix humaines) en 2022 à la Chapelle Jeanne d’Arc au Village Reille à Paris(14è), elle effectue une résidence de recherche et d’écriture en Occitanie, sur les pratiques d’écritures contemporaines. En 2025, sort « Écritures transversales », livre de restitution de la résidence.
Elle est nommée pour le Prix Aica en 2022.
Instagram : @mariegayet27
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Éclosion, Laëtitia Bourget, 2026, Photo @JC Lett
Laëtitia Bourget
J’ai fonctionné de manière très spontanée pour concevoir ce projet. il m’est apparu clairement assez vite. Je travaille sur les éclosions depuis plusieurs années selon un principe de développement graphique par répétition d’un geste, d’un motif déployé de manière à habiter l’espace tout en ménageant le vide. La présence du vide révèle l’éclosion autant qu’il se révèle à travers elle.
Le relief du bardage bac acier a orienté le type de dessin qui pouvait s’y appliquer sans pâtir des déformations de la perception en fonction de l’angle de vue. Ensuite j’avais envie de créer le sentiment que tout ne se dévoile pas de manière frontale comme ça dès le premier coup d’oeil, qu’il demeure une part invisible qui nous échappe dans l’instant, que le temps est nécessaire pour enrichir notre perception, pour laisser opérer la magie.
C’est ainsi que j’ai fait le choix de la phosphorescence pour faire apparaître le dessin différemment la nuit que le jour. Et alors que le dessin visible de jour est blanc, j’ai appliqué plusieurs nuances de couleurs dans la phosphorescence qui ne se perçoivent de manière subtile qu’en laissant l’oeil s’habituer suffisamment à l’obscurité, ou par la prise de vue photo et un temps de pause long.
Artiste plasticienne polyvalente, depuis la fin des années 90 et autrice d’albums illustrés en littérature jeunesse depuis le début des années 2000, Laëtitia Bourget, née en 1976, a choisi le vivant comme domaine de création. Diplômée en arts plastiques à l’université de Bordeaux III, elle commence par travailler la matière première que lui offre son corps, « ce que j’avais de plus vivant sous la main, dans l’environnement urbain que j’habitais alors, il y a une trentaine d’années. ».
A partir des années 2010, elle se consacre davantage au développement d’un mode de vie plus conscient et respectueux en milieu rural, qui a réorienté le champ de sa pratique artistique et de ses engagements vers différents domaines de la vie : auto construction de son habitat, production alimentaire, soin au corps et au vivant, entraide. L’œuvre de Laëtitia Bourget suit les cycles du corps et des saisons, s’appropriant les sécrétions et les éclosions en les transformant dans des gestes répétitifs et ritualisés qui participent d’une forme de transe attentive dans un rapport sensible et inattendu à la vie.
Sa curiosité et sa sensibilité la poussent à explorer tous les domaines de la connaissance humaine et la complexité du monde, toujours en amatrice jamais en spécialiste, afin de produire, par ses actes, les réponses les plus en phase avec ce qu’elle est profondément. Si à ses débuts, elle est plutôt dans une posture d’autodérision, la gravité des temps actuels lui font ressentir le besoin impérieux de ré-enchantement. C’est désormais l’émerveillement, le désir d’en faire l’éloge, et de rendre hommage à la dimension sacrée de toute chose et de chaque être qui conduisent son travail et sa vie.
Grâce à ses premières vidéos présentées dans les festivals et des programmations d’art vidéo, son travail d’artiste trouve une visibilité internationale. Ses oeuvres de plasticienne ont été présentées dans de nombreuses expositions en France, dans des institutions publiques et des lieux privés, mais aussi à Berlin, en Australie, au Canada. En 2024 et 2025, elle participe au festival ArTchipel et en 2023, elle est dans l’exposition d’inauguration de la Gaya Scienza à Nice. Elle est une des fondatrices de devenir.art, réseau des arts visuels de la région Centre-Val de Loire dont elle assume la co-présidence de 2018 à 2020. Depuis 2012, elle anime des ateliers d’écriture tout public.
Laëtitia Bourget vit à Néons Sur Creuse et travaille à l’interface au Blanc (36).
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Un instant d’altitude, Céline Cléron, 2026, Photo @JC Lett
Céline Cléron
Née en 1976 à Poitiers, vit et travaille à Paris.
Représentée par la Galerie Papillon, Paris
La Grange du Moulin Riche est un bâtiment profondément ancré dans son territoire, chargé d’histoire, dont les volumes imposants conservent la mémoire des usages agricoles.
La toute première inspiration de ma sculpture est liée au panier agricole, dont la forme et l’usage a de manière poétique, donné naissance à la nacelle de montgolfière. Ce simple panier d’osier destiné à la récolte et au travail agricole, s’est ainsi transformé en support d’élévation, nous faisant passer symboliquement et physiquement de la terre au ciel.
En découvrant ce glissement, je me suis intéressée à la montgolfière et à son histoire, et j’ai découvert son origine à travers une image particulièrement inspirante : En novembre 1782, Joseph Michel Montgolfier observe une chemise qui se gonfle d’air chaud au-dessus de sa cheminée. Cette vision simple et inattendue devient le point de départ d’une intuition. Son frère, Jacques-Étienne Montgolfier, ingénieur dans la manufacture familiale de papier et de soieries, transforme cette idée en un engin volant : la montgolfière, qui s’élève le 4 juin 1783 sur la place des Cordeliers à Annonay. Composée de vêtements et de costumes évoquant le XVIIIᵉ siècle assemblés pour former l’enveloppe d’un ballon monumental, Une minute d’altitude rend hommage aux frères Montgolfier et plus largement à l’imaginaire des artistes, des scientifiques, des inventeurs,… je rejoue ici l’apparition de cette image apparue aux frères Montgolfier, ce moment suspendu où une chemise devient ballon, puis hésite entre montée et chute. La sculpture célèbre ce moment où le trivial devient merveilleux.
Céline Cléron mène une pratique de recherche à la fois mémorielle, historique,
encyclopédique et archéologique. Elle puise son imaginaire dans des racines antiques,
des savoir-faire oubliés, ou des épisodes précis de l’histoire des représentations, pour en
rebattre les cartes. Ses oeuvres, souvent hybrides, s’inspirent des objets du quotidien, de
leur force d’évocation, mais aussi du passé, de l’histoire de l’art et de l’archéologie, des
sciences, de l’animal et du cycle du vivant.
Son oeuvre est traversée par des analogies improbables, des perturbations d’échelle, des
anomalies visuelles, des jeux de mots et de sens qui mettent la mémoire en court circuit
actif. Elle convoque régulièrement des formes issues de l’imaginaire collectif: ruines, figures
antiques, oeuvres classiques qu’elle réinvestit comme des matériaux disponibles. Les
citations à la peinture, perceptibles dans les titres comme dans certaines représentations,
dialoguent avec un intérêt marqué pour le costume, ses glissements et ses détournements
: l’anachronisme d’un élément vestimentaire devient ainsi un espace de rencontre entre
temporalités.
Le temps est pleinement partie prenante de son processus, envisagé comme un médium
à part entière, vecteur de transformation et d’évolution. La conception de ses pièces
évolue suivant une double hybridation des matériaux et des pratiques. Depuis plusieurs
années, elle travaille en collaboration avec des artisans: souffleur de verre, couturière,
céramiste, ébéniste, taxidermiste, apiculteur.., pour réactiver des techniques et des
gestuelles en voie de disparition. À cette rigueur des savoir-faire s’articule un certain
laisser-faire : accidents, hasards et processus autonomes participent activement à
l’élaboration des oeuvres. Cette dimension expérimentale s’intensifie lorsqu’elle laisse
intervenir directement le vivant, comme dans certaines pièces où des abeilles deviennent
co-auteurs. Dans ces oeuvres, nature et histoire se télescopent, matériaux et temporalités
se mêlent, unissant des univers a priori éloignés.
Diplômée des Beaux-Arts de Poitiers (1998) et d’Angers (2000), Céline Cléron est
artiste invitée à la Manufacture Nationale de Sèvres en 2007. Elle réalise ses
premières expositions personnelles d’envergure à La Chapelle du Généteil à
Château-Gontier en 2014 puis au Parvis à Ibos en 2015.
Suivent d’autres expositions en institutions et fondations en France et en Europe:
Mudac (Lausanne, 2007), Villa Empain-Fondation Boghossian (Bruxelles, 2012), IAC
(Villeurbanne, 2015), Fondation Fernet-Branca (Saint- Louis, 2018), Centre d’art
contemporain Les Tanneries (Amilly, 2018), Kunstwerk Carlshütte (Budelsdorf,
2019), Abbaye Saint-André (Meymac, 2019, 2020), Centre d’art Madeleine Lambert
(Vénissieux, 2021), SARA kulturhus, Skelleftea, (Suède, 2022), Domaine de Pommery
(Reims, 2024), Fondation Villa Datris (l’Isle-sur-la-sorgue, 2025).
La Galerie Papillon qui a organisé deux expositions personnelles de l’artiste dans
son espace à Paris en 2017 et 2022 accueillera sa troisième exposition personnelle
fin 2026.
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Aujourd’hui n’est que la mémoire d’hier, et demain le rêve d’aujourd’hui, Léa Dumayet, 2026, Photo @JC Lett
Léa Dumayet
Quand j’ai découvert la hauteur sous plafond et les grandes poutres de la Grange des Marnes, j’ai tout de suite eu envie de suspendre mes sculptures dans les airs. Pendant deux semaines de résidence sur place, je me suis peu à peu familiarisée avec les espaces de cette architecture singulière, en expérimentant différentes installations. Je voulais investir tout le volume de la grange pour faire circuler les œuvres entre la terre et le ciel.
J’ai abordé cet espace comme un immense terrain de jeu. Je pensais au cirque de Calder, à sa manière de trouver l’équilibre avec très peu d’éléments. J’ai composé avec des objets trouvés (poids d’horloger, cerceaux de tonneaux,…), des branches des forêts du coin, ainsi que des objets découverts dans la grange. Et surtout, le tendeur élastique bleu est devenu le fil conducteur de l’installation : il relie les œuvres entre elles et crée un grand dessin dans l’espace.
La construction des sculptures a été une expérience très physique, presque performative. J’ai tiré, soulevé, noué, tendu, ajusté… Ce rapport au corps reste inscrit dans les formes. On ressent cette tension, cet équilibre précaire qui tient à peu, le résultat est comme un instant suspendu.
Cependant le vent s’engouffre sous la toiture, traverse la cascade suspendue et fait doucement vibrer la branche centrale qui lévite. J’aime l’idée que l’installation ne soit jamais totalement figée, qu’elle reste sensible aux mouvements du lieu et du temps.
Léa Dumayet est une artiste française formée à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, diplômée en 2014 avec les félicitations du jury. Lors de ses études, elle passe quelques mois à l’École d’Art Visuel de Parque Lage à Rio de Janeiro. Aujourd’hui elle vit et travaille à Milan et Paris.
Son travail a été présenté à l’occasion d’expositions en France et à l’étranger — notamment en Angleterre, en Italie, en Croatie et au Portugal — dans des galeries, Centres d’Art Contemporain, châteaux, festivals et institutions. Sa pratique est essentiellement sculpturale et procède d’abord d’une recherche instinctive sur les caractéristiques des matériaux, dont elle étudie les potentialités. Ses sculptures et installations sont souvent en équilibre. Elles oscillent constamment entre des notions contradictoires : fragilité et force, légèreté et pesanteur, naturel et industriel, réalité et rêve, attraction et risque… Léa Dumayet invite les spectateurs à en éprouver les tensions.
En 2025, l’artiste effectue une résidence de plusieurs mois dans les espaces de Jakmousse +- à Montreuil, ce qui lui a permis de créer plusieurs installations monumentales en suspension avec leurs élastiques en caoutchouc naturel dans leur grand espace industriel.
De mai à novembre 2026, à la Biennale de Venise, Léa Dumayet est invitée par Elisabeth de Brabant et Anna Shpilko à présenter des nouvelles sculptures en verre créées pour sa nouvelle exposition personnelle « Cils », au sein de la Galleria dei Gondolieri, située à l’intérieur d’un palais sur le quai des Zattere à Dorsoduro.
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Le Point de bâti sous un ciel étoilé, Aurélie Haberey, 2026, Photo @JC Lett
Aurélie Haberey
Cette oeuvre, c’est l’histoire d’une rencontre. Lorsque j’ai découvert la grange, j’ai été saisie par les percées de la grande porte par lesquelles le soleil traverse l’espace et crée des jeux de lumières. J’étais à la recherche de points de passages, de nouveaux points de rencontres entre le lieu et moi, entre l’intérieur et l’extérieur, l’architecture et mon corps. Mon premier geste est passé par un contact physique ; celui de clouer sur la porte des papiers sensibles pour capter les rayons du soleil, fixer et retenir l’empreinte du soleil mais aussi filtrer la lumière qui rentre dans la grange et en révéler une série d’images. C’est un point d’appui, un point d’appel.
J’ai approché ce lieu petit à petit au fur et à mesure de mes visites in situ. J’ai été très sensible à son atmosphère à la fois chargée et silencieuse. Je me suis laissée imprégnée par l’espace et son aura. J’ai voyagé dans des temporalités différentes entre la grange, les Riches Heures, des lectures, des discussions et je m’en suis nourrie.
J’étais à la fois dans le mouvement, l’observation, l’attente et l’écoute. Et j’ai apposé plusieurs gestes, actions ; procédé par essais, erreurs, intuitions, répétitions et déposé des ponctuations.
La notion du jeu est très présente dans mon travail. J’ai ainsi créé une scène accompagnée d’une partition dans laquelle je mène des actions, déplace des objets, rejoue avec des éléments de mon travail. Le dispositif se révèle au fur et à mesure jusqu’à trouver le point d’équilibre et l’architecture intime de la grange accompagne ma démarche.
Pour moi le processus participe pleinement à mon travail, j’ai besoin de temps, de répétitions, de revenir en arrière et d’explorer et de rejouer avec le travail. Les papiers sensibles restent tout au long de l’exposition et me serviront ensuite comme matériaux pour d’autres projets à venir.
Née en 1974, Aurélie Haberey vit et travaille à Paris. Elle intègre une formation en histoire de l’art et arts du spectacle à l’Université Lyon 2 puis de muséologie avec le centre d’art Le Consortium Museum et l’Université de Dijon. Elle est enseignante-chercheuse au département Photographie à l’Université Paris 8 depuis 2017.
Aurélie Haberey expérimente une pratique artistique axée sur la performativité, le processus de création et les possibilités de l’image comme paysage mouvant oscillant entre geste, objet et espace scénique. L’idée de la réminiscence est au cœur de sa démarche, ainsi que celle de l’apparition et la disparition de l’image. À travers la photographie, la vidéo, la performance et l’installation, elle met en œuvre des dispositifs où se rejouent des logiques formelles telles que la reproduction, la répétition, la variation, la démultiplication et le montage, envisagées comme autant d’opérateurs de pensée.
Dans une approche sensible, elle aborde les thèmes de seuil, de temporalité, d’interprétation, de regard et de mémoire ainsi que la relation fluctuante entre construction codée, langagière, et propriétés perceptives. Le travail se fait à partir de déplacements (physique, mental) et de transformation, suivant un processus en mouvement constant, évoluant d’un état vers un autre.
Depuis 2013, Aurélie Haberey poursuit un travail avec la comédienne Marlène Saldana avec laquelle elle réalise plusieurs films sous le titre Manifeste Marlène où s’entrelacent danse, performance et théâtre, dans une recherche sur les modalités d’incarnation et de mise en jeu du corps.
Également en duo avec l’artiste Laetitia Benat, elle mène un travail éditorial qui prolonge ses questionnements sur la narration et la forme. Après Ethylène en 2021, elles publient Soleil Lac, un scénario visuel d’un film à venir évoquant la disparition d’un lac.
Elle intègre à sa création artistique, une pratique du commun sous forme d’ateliers et de résidences auprès de différents publics et partenaires culturels, associatifs et établissements scolaires (cinéma Le Méliès à Montreuil, Centre national de la danse – CND à Pantin, La Galerie – centre d’art contemporain à Noisy-le-Sec, dispositif Culture et Santé – Drac/ARS Ile-de-France – Hôpital Novo à Pontoise, Cinéma 93 à Montreuil, lycée professionnel Costes à Bobigny, centre social du Londeau à Noisy-le-Sec, etc.
Elle a exposé son travail artistique à la galerie High Art (Paris), à la galerie Metropolis (Paris), au CAC Brétigny (Brétigny-sur-Orge), au centre d’art – Les Brasseurs (Liège), à la MAAC (Bruxelles), au centre d’art et photographie (Lectoure), à la Cité internationale des arts (Paris), au Centre d’art contemporain de Basse Normandie (Hérouville-Saint-Clair), au Summer of photography (Bruxelles), à la Biennale de la photographie (Lyon), à la Maison du Limbourg (Maastricht), à la Biennale de la photographie et des arts visuels (Liège), à Jeune création (Paris), à Triangles – Astérides (Marseille), aux Instants vidéo (Argentine), ….
Actuellement, elle développe un projet performatif pour le Bicentenaire de la Photographie, en collaboration avec l’Université Paris 8 et des lieux d’exposition (2027).
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Le Calendrier de l’après, Daphné Lalonde, 2026, Photo @JC Lett
Daphné Lalonde
Le manuscrit des Très Riches Heures du Duc de Berry m’a inspirée parce qu’il est un chef-d’œuvre médiéval ayant profondément façonné notre imaginaire du Moyen Âge. Son rapport au temps, rythmé par la répétition des saisons et des activités agricoles, révèle une relation intime entre l’humain et la nature. Chaque mois devient le reflet d’un cycle vivant où les hommes et les femmes sont ancrés dans leur environnement. Conservé au château de Chantilly, ce manuscrit précieux demeure un témoignage exceptionnel de son époque.
De nombreux détails ont retenu mon attention : les chiens sur la table du banquet, la présence de la fée Mélusine au mois de mars, la tonte des moutons encore pratiquée aujourd’hui, la chasse au faucon, les vendanges, la glandée ou encore l’hallali. J’ai également été sensible aux inscriptions dans l’image, comme « Approche, approche » au mois de janvier, aux signes astrologiques et aux tours du château qui évoquent presque des gratte-ciel.
Je suis restée fidèle au manuscrit en conservant les éléments propres à chaque mois. Parfois, j’ai choisi de zoomer sur certains motifs, comme les faucons ou les pies. Le manuscrit étant très dense, j’y ai aussi introduit des éléments contemporains — gratte-ciel, drones, skieurs — créant ainsi des anachronismes qui m’ont beaucoup plu à intégrer au dessin.
Le lavoir me semble être un lieu idéal pour présenter un calendrier. Comme l’eau qui s’y écoule, le calendrier est intimement lié au passage du temps. J’aime également le reflet du dessin dans l’eau du bassin. Le lavoir est un lieu d’échange, de discussion et de transformation : du linge sale au linge propre, de l’ombre à la lumière, du noir au blanc. Presque une forme d’alchimie.
Née en 1975 à Paris, Daphné Lalonde déploie une œuvre où dessin et écriture s’imbriquent dans une logique simultanée de surgissement et de captation. Son travail ne se contente pas de représenter : il engage un processus où le geste et le langage deviennent instruments de pensée. À travers un bestiaire foisonnant, une nature fertile et l’évocation de l’enfance, elle explore la part instinctive et archaïque de l’humain, questionnant la frontière entre animalité et subjectivité.
Le dispositif de création de l’artiste repose sur une écoute constante de la radio et des podcasts, qui fournissent autant de matériaux sonores, fragments de récits et mots à intégrer au dessin. Ces éléments ne sont pas simplement collés à l’image : ils circulent dans l’œuvre, souvent en marge, transformant les espaces périphériques en zones de résonance et de tension. Le dessin devient ainsi un terrain où se déploie une pensée en acte, où le flux verbal se mêle à l’intuition gestuelle dans un état de concentration proche de la transe créative.
Formée à l’École des Beaux-Arts de Paris dans l’atelier de Jean-Michel Alberola et diplômée en Lettres modernes, Daphné Lalonde développe un travail traversé par la question du langage : le mot n’explique pas, il prolonge, il heurte parfois l’image, il la rend vivante. Ses dessins évoquent autant les formes archaïques de l’art pariétal ou des récits médiévaux que les imaginaires contemporains de la science-fiction, construisant une temporalité fluide où passé, présent et fiction coexistent.
Son parcours d’exposition, en France, témoigne de la reconnaissance d’une œuvre singulière : Paris (galeries Valérie Delaunay, Métropolis, Bertrand Grimont), Vannes et Marseille. Chaque présentation souligne la cohérence d’une recherche où la présence physique du geste, la matérialité de la trace et la circulation des mots créent un langage propre, capable de saisir l’intensité du monde et la complexité de la subjectivité. Chez Daphné Lalonde, le dessin devient un espace de liberté absolue, un lieu où le réel et l’imaginaire se répondent et se transforment en expérience visuelle et sensorielle.
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Reliures, Raphael Sarrazin, 2026, Photo @JCLett
Raphaël Sarrazin
Pour réaliser ces pages très fines en céramique, il m’a fallu allier la technique de la «terre-papier» (les fibres du papier permettant un modelage du grès beaucoup plus fin, avant de brûler à la cuisson) à la propriété élastique du latex. Le latex, qui comme l’argile rappelle la chair, vient amortir les vibrations et empêcher la céramique de se briser.
En plus de références aux formes et couleurs des Très Riches Heures du duc de Berry, comme avec le rappel de l’arche bleue du calendrier, j’ai imaginé un livre d’heures élémentaire, afin de se recueillir dans la matière. Dans un monde surchargé d’images virtuelles on se déshabitue même du monde matériel qui nous entoure. Est-ce que l’on a besoin de mots, d’images pour méditer et trouver de la sérénité ou du soin ? Je voulais supposer que l’essentiel vienne, non pas de ce qui est écrit ou de ce que les gravures narrent, mais de l’expérience unique à chacun.e de parcourir un livre. Découvrir toutes ses variations de textures, qui parlent de nous, notre chair et les éléments physiques qui nous entourent, serait ainsi, je l’espère, assez pour pouvoir nous recueillir dans la matière.
Raphaël Sarrazin est né en 2000 en Essonne. Iel vit et travaille à Bourges, et est diplômé des
Beaux Arts de Bourges en 2026. Son travail se focalise principalement sur la céramique, auquel iel associe le textile et le latex. La proximité avec le village potier de La Borne lui permet de créer en dialogue avec celleux qui prolongent la céramique traditionnelle vers sa contemporanéité.
Sa pratique inclut des pièces utilitaires (tasses, bijoux, etc.) qui s’inscrivent dans le quotidien, pour créer des ponts entre la main du public et les installations plus muséales. Avec la cuisson du grès au feu de bois, et une attention particulière aux textures, iel convoque une relation au corps, à la blessure, et aux sensibilités organiques.
Son travail a été montré au Château d’Eau de Bourges, au Palais Jacques Cœur, à la Triennale d’art contemporain de Bourges, ainsi qu’au Domaine de Varye à Saint Doulchard.
Certaines de ses céramiques, en lien avec La Borne et Jacqueline et Jean Lerat, sont amenées à rejoindre les collections du Musée du Berry.
Une exposition d’un projet en partenariat avec la Faïencerie de Gien est prévue à l’automne 2026.
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Je, Xiaoxiao Wang, 2026, Photo @JCLett
Xiaxiao Wang
Xiaoxiao Wang est née en 1999 en Chine. Diplômée de l’École nationale supérieure d’art de Bourges, elle a également étudié à l’Institut des Arts Visuels de Shanghai, à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et a effectué un échange à l’Université du Québec à Montréal.
Son travail examine la manière dont les dispositifs technologiques — télévision, surveillance, automatisation, intelligence artificielle — reconfigurent notre perception et notre rapport au réel.
À travers l’installation, la vidéo et le documentaire, elle analyse l’“immédiateté” comme un effet produit par des structures invisibles, en mobilisant la représentation — cadrage, distance, forme — comme condition d’intelligibilité.
Ses œuvres ont été présentées au Château d’Eau de Bourges, à la Galerie Daumenlutscher à Berlin, au musée Yuz de Shanghai et à Ars Electronica à Linz. Elle développe actuellement un projet éditorial d’entretiens autour de l’intelligence artificielle.
